Injera et doro wat – le plat à partager de l’Éthiopie
Doro wat au poulet et aux œufs sur une injera moelleuse : un plat commun où le pain accueille les aliments tout en s’imprégnant de sauce.
Plat · Éthiopienne

Injera et doro wat – le plat à partager de l’Éthiopie

Pain acidulé, oignons longuement mijotés et ragoût de poulet qui rassemble la tablée

Sur un lit d’injera moelleuse se rencontrent le feu du berbere, les arômes du beurre épicé et les oignons auxquels on a laissé le temps de fondre. Le doro wat est un plat de fête profondément ancré en Éthiopie. Mais l’histoire du plat partagé raconte aussi la cuisine végétale du jeûne, les bouchées offertes avec attention et l’art de faire naître des bulles d’une minuscule céréale.

Par Sofia HaddadJournaliste · Moyen-Orient, Afrique et Amérique latine – mezzés, tajine, injera, mole et bien plus
27 octobre 2026 · 12 min de lecture

Traduit du suédois avec l'aide de l'IA.

Vers les recettes (2) ↓
Partager

Un pain qui fait aussi office de table

Tout commence par le parfum : des oignons qui ont lentement perdu leur mordant, du beurre épicé chaud et du piment à la douceur presque fruitée. Puis apparaît le ragoût, d’un rouge brique profond, luisant sur les bords. Un œuf dur émerge à moitié de la sauce. Sous le poulet s’étend l’injera, souple et criblée de petites alvéoles, déjà prête à absorber tout ce qui rend le doro wat si désirable.

L’injera est à la fois pain et ustensile, et recueille la sauce généreuse du doro wat. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
L’injera est à la fois pain et ustensile, et recueille la sauce généreuse du doro wat. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Déchirez un morceau de pain, repliez-le autour d’un peu de sauce et de poulet, puis portez-le à la bouche. L’acidité arrive d’abord, suivie de la douceur des oignons, de la chaleur des épices et de la rondeur du beurre. Le pain sert à la fois d’accompagnement et d’ustensile, mais il participe aussi à l’équilibre des saveurs. Sans son acidité ni sa souplesse, le repas serait tout autre.

Dans un plat commun, la frontière entre ma sauce et la vôtre est moins nette. Cela ne signifie pas pour autant que tout se mélange sans façon. On mange généralement dans la partie située devant soi, en prenant des bouchées de taille raisonnable. Au fil du repas, l’injera du dessous s’imbibe toujours davantage. Les saveurs s’y concentrent et, pour beaucoup, ce pain gorgé de sauce constitue une fin de repas particulièrement savoureuse.

Le doro wat, également écrit doro wot, est un ragoût de poulet étroitement associé aux fêtes et à l’hospitalité éthiopiennes. On le présente parfois comme un plat national, mais il ne résume pas tout ce que l’on mange dans le pays. L’Éthiopie réunit de nombreuses langues, des paysages variés, plusieurs religions et traditions culinaires. Un plat commun d’injera garni de ragoûts occupe une place centrale dans une grande partie de cette culture culinaire, sans être pour autant le repas quotidien de chacun.

Il importe de garder à l’esprit ces deux réalités : la grande portée symbolique du plat et l’immense diversité de cette cuisine. L’assiette devient alors non pas une image simplifiée d’un pays, mais une porte ouverte pour mieux le comprendre.

Une céréale ancienne, un ragoût sans acte de naissance

Le teff est cultivé depuis longtemps dans la Corne de l’Afrique et reste particulièrement associé à l’Éthiopie et à l’Érythrée. Ses graines sont minuscules ; selon la variété, sa farine va du gris-beige clair au brunâtre. Sa saveur est douce mais bien présente, avec des notes de céréales, de fruits à coque et, parfois, une légère touche terreuse. Ce n’est pas un nouvel ingrédient inventé pour les rayons des magasins diététiques, mais une plante inscrite dans une longue histoire agricole et alimentaire locale.

Le teff possède une longue histoire agricole dans la Corne de l’Afrique, mais il est impossible de dater avec certitude sa première mise en culture. Illustration peinte créée pour cet article, représentant une scène de récolte imaginée dans les hauts plateaux éthiopiens à la fin du XIXe siècle.
Le teff possède une longue histoire agricole dans la Corne de l’Afrique, mais il est impossible de dater avec certitude sa première mise en culture. Illustration peinte créée pour cet article, représentant une scène de récolte imaginée dans les hauts plateaux éthiopiens à la fin du XIXe siècle.

Déterminer précisément quand le teff a commencé à être cultivé est plus difficile que ne le laissent entendre bien des récits populaires. Les datations très précises qui remontent à l’Antiquité doivent être considérées avec prudence. Il est plus sûr d’évoquer sa longue histoire dans la région et son importance bien établie dans l’agriculture et la culture alimentaire des hauts plateaux. De même, on ne peut attribuer à l’injera actuelle une année d’invention unique.

L’injera appartient aux traditions culinaires tant éthiopiennes qu’érythréennes. Le teff est particulièrement apprécié, mais le pain se prépare aussi avec d’autres céréales et des mélanges. Disponibilité, prix, conditions de culture et goûts du foyer déterminent le choix de la farine. Une injera à l’orge, au sorgho, au maïs ou au blé n’est donc pas nécessairement une déformation récente d’un modèle originel unique et immuable.

Le doro wat n’a pas davantage de créateur ni de lieu de naissance que l’on puisse identifier avec précision sur la base de documents fiables. Il est étroitement lié à la culture culinaire des hauts plateaux et s’est largement imposé comme un plat de fête éthiopien. Le poulet, les épices et le travail de préparation le destinent aux occasions où l’on peut consacrer au repas des moyens et de l’attention.

La couleur rouge du ragoût livre un détail historique important. Originaire des Amériques, le piment n’a pu se diffuser en Afrique qu’après les contacts transatlantiques amorcés à la fin du XVe siècle. Savoir comment et quand tel mélange de berbere a pris sa forme actuelle est une autre question, plus difficile à dater. Mais on ne peut simplement décrire le doro wat actuel, marqué par le piment, comme un plat inchangé depuis l’Antiquité.

Cela ne le rend pas moins enraciné. Une culture culinaire est rarement un fonds d’archives clos. Routes commerciales, nouvelles cultures et déplacements humains transforment les cuisines, tandis que techniques et habitudes de table se perpétuent. Dans les cuisines de la diaspora éthiopienne, ce processus se poursuit aujourd’hui : on mélange les farines selon ce que l’on trouve, on choisit les morceaux de poulet selon l’offre des commerces et une plaque électrique peut remplacer les sources de chaleur d’autrefois.

Les petits yeux de l’injera

Une injera réussie n’est ni une fine crêpe suédoise ni un pain gonflé cuit à la poêle. Elle est souple, humide sans être collante et couverte de petits pores, souvent décrits comme les yeux du pain. Le dessous doit se tenir lorsqu’on la soulève, tandis que le dessus doit être cuit sans qu’on ait à la retourner.

Les petits « yeux » de l’injera apparaissent à la cuisson ; le pain cuit sur une seule face et termine sa cuisson à couvert. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
Les petits « yeux » de l’injera apparaissent à la cuisson ; le pain cuit sur une seule face et termine sa cuisson à couvert. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Dans la préparation traditionnelle, un mélange de farine et d’eau fermente grâce à une microflore composée notamment de bactéries lactiques et de levures. On utilise souvent une partie du liquide ou de la culture d’une préparation précédente, appelée ersho. Le processus varie selon la température, la farine, la culture et les pratiques du foyer. Un nombre d’heures déterminé ne suffit donc pas à dire si la pâte est prête.

La fermentation développe le goût et l’acidité, tout en contribuant à la structure du pain. Ce n’est pas un simple temps d’attente que l’on pourrait supprimer sans conséquence. L’injera relève aussi d’un savoir-faire où plusieurs étapes interagissent. Une bonne acidité ne suffit pas si la pâte est trop épaisse ou la surface de cuisson trop tiède.

Une étape importante dans de nombreuses méthodes est l’absit : une petite partie de la pâte est cuite avec de l’eau jusqu’à former une préparation semblable à un empois d’amidon, puis réincorporée à la pâte principale une fois à bonne température. L’amidon gélatinisé contribue à la texture du pain. On laisse ensuite généralement la fermentation se poursuivre avant la cuisson. Les méthodes diffèrent : tous les foyers ne suivent pas exactement les mêmes proportions ni le même ordre.

Traditionnellement, l’injera se cuit sur une mitad, une grande plaque ronde qui existe dans différents matériaux et désormais aussi en version électrique. La pâte est versée sur la surface chaude et commence à former des bulles, puis un couvercle permet au dessus de finir de cuire. Le pain ne cuit que sur une face. On ne cherche pas une surface dorée comme celle d’une crêpe, mais un pain moelleux qui se déchire et se replie facilement.

Pour qui cuisine à la maison en Suède, il est utile de distinguer la fermentation traditionnelle complète d’une méthode simplifiée. La recette proposée ici utilise du teff, un peu de farine de blé et de la levure boulangère, avec une fermentation au réfrigérateur et une petite quantité de vinaigre pour accentuer l’acidité. Une portion de pâte cuite reprend le principe de l’absit. On obtient ainsi un pain pratique au quotidien, légèrement acidulé, et non l’équivalent exact d’une injera fermentée plusieurs jours avec une culture bien établie.

La farine de blé rend le pain plus facile à manipuler, mais signifie aussi qu’il contient du gluten. Le teff, en lui-même, n’en contient pas ; cela ne rend pas automatiquement toutes les injeras sans gluten. Cette distinction est particulièrement importante lorsqu’on reçoit une personne atteinte de maladie cœliaque.

L’oignon donne corps au ragoût, le berbere lui donne son caractère

Doro signifie poulet en amharique. Wat désigne une famille de ragoûts, souvent préparés sur une base d’oignons longuement travaillée. Dans le doro wat, l’oignon tient une place si centrale qu’il faut presque le considérer comme un ingrédient constitutif de la sauce, plutôt que comme un élément que l’on fait simplement revenir avant de commencer à cuisiner vraiment.

Les oignons fondants et concentrés donnent du corps au ragoût. Le berbere s’incorpore avec de la matière grasse et de l’humidité, sans brûler. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
Les oignons fondants et concentrés donnent du corps au ragoût. Le berbere s’incorpore avec de la matière grasse et de l’humidité, sans brûler. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Les oignons finement hachés sont souvent chauffés d’abord sans matière grasse. Ils rendent leur eau, s’affaissent, puis se concentrent lentement. Cette étape demande de l’attention : riches en eau, ils peuvent mijoter tranquillement un instant et commencer à attacher le suivant. Mieux vaut ajouter un trait d’eau et racler le fond de la cocotte que laisser des zones brûlées et amères se mêler à la sauce.

Il ne s’agit pas nécessairement d’obtenir la même caramélisation foncée que pour une soupe à l’oignon française. Le but est une masse très fondante et concentrée, débarrassée du mordant de l’oignon cru. Avec la matière grasse, les épices et la poursuite de la cuisson, les oignons deviennent le corps même du ragoût. Le mixeur peut sembler tentant, mais des oignons réduits en purée ne se comportent pas comme des oignons finement hachés. Si vous utilisez un robot, procédez d’abord par impulsions brèves.

Le berbere apporte la couleur rouge et une grande partie des arômes. C’est un mélange d’épices, pas un simple synonyme de piment en poudre. Le piment y est essentiel, aux côtés, par exemple, de coriandre, de fenugrec, de gingembre et d’épices aromatiques comme la korarima. Proportions et composition varient selon les producteurs et les foyers. Inutile de prétendre qu’une liste unique décrit tous les berbere.

La korarima est une épice aromatique issue d’une plante de la famille du gingembre, souvent appelée cardamome d’Éthiopie. Ce n’est pas la même épice que la cardamome verte généralement vendue dans les magasins d’alimentation suédois. Celle-ci peut apporter une note aromatique pratique, quoique différente, dans une cuisine familiale. Il est plus juste de parler de substitution que de promettre un goût identique.

Le berbere doit entrer en contact avec la matière grasse chaude et les oignons humides pour développer ses arômes, mais il ne doit pas frire à sec sur feu vif. Le piment brûlé devient amer. Laissez le mélange cuire à chaleur modérée et ajoutez un peu d’eau si le fond commence à sécher. Goûtez aussi le mélange d’épices avant de l’utiliser : deux sachets portant le même nom peuvent avoir des intensités très différentes, et certains contiennent du sel.

Le niter kibbeh est un beurre clarifié et épicé. On chauffe doucement le beurre avec des épices, puis on le filtre pour le séparer des particules de lait : on obtient une matière grasse aromatique qui porte les saveurs du ragoût. Gingembre, ail, fenugrec et korarima peuvent entrer dans sa composition, ainsi que d’autres épices et herbes. Là encore, il existe des variantes, et non une formule universelle.

Dans la recette, nous préparons une petite quantité simplifiée à partir de ghee et d’épices relativement faciles à trouver. Cela évite l’étape de clarification du beurre ordinaire. Le goût est rond et chaleureux, sans que les épices dominent comme dans une pâtisserie sucrée. Le poulet avec os apporte ensuite moelleux et profondeur. Enfin, les œufs durs séjournent dans la sauce pour que leur surface s’imprègne elle aussi de ses saveurs.

Le poulet des fêtes et les légumineuses du jeûne

Le doro wat accompagne souvent les fêtes et les réunions de famille, notamment Noël et Pâques dans les milieux orthodoxes éthiopiens. Le préparer peut être une manière de montrer que les invités méritent le temps passé aux fourneaux. Le long travail des oignons, la découpe et l’assaisonnement rendent cet effort perceptible dans les saveurs plutôt que dans un dressage décoratif.

Misir wat, shiro, légumes-feuilles et légumes doux composent un assortiment aux saveurs et aux textures distinctes. Illustration photoréaliste d’une beyaynetu végétale, créée pour cet article.
Misir wat, shiro, légumes-feuilles et légumes doux composent un assortiment aux saveurs et aux textures distinctes. Illustration photoréaliste d’une beyaynetu végétale, créée pour cet article.

Dans certaines descriptions traditionnelles, le poulet est découpé en douze morceaux selon une méthode établie. Cela montre l’importance que peut revêtir le geste lui-même. Mais ce n’est pas une condition pour qu’une personne cuisinant chez elle en Suède puisse aborder ce plat avec respect. Les hauts de cuisse avec os donnent un résultat savoureux et sont plus faciles à cuire uniformément qu’un mélange de morceaux de tailles très différentes.

On comprend aussi mieux ce ragoût de fête lorsqu’on le considère aux côtés de la cuisine du jeûne. La tradition de l’Église orthodoxe éthiopienne Tewahedo comprend des jours de jeûne réguliers et des périodes plus longues. Les fidèles pratiquants s’abstiennent alors généralement d’aliments d’origine animale tels que la viande, les produits laitiers et les œufs. La manière de suivre le jeûne varie notamment selon la santé, l’âge et la pratique religieuse de chacun.

Le mercredi et le vendredi sont des jours de jeûne courants pendant une grande partie de l’année liturgique. En revanche, tout chiffre précis sur le nombre total de jours de jeûne demande à être expliqué : les catégories de fidèles et les modes de calcul donnent des résultats différents. À table, l’essentiel est que cette tradition a contribué à une cuisine végétale riche et bien établie, et pas seulement à l’absence de viande.

Lors d’un tel repas, l’injera peut accueillir du misir wat aux lentilles, du shiro à base de légumineuses moulues, du chou kale ou d’autres légumes-feuilles, ainsi que des préparations plus douces de chou, de pommes de terre et de carottes. Plusieurs petites portions réunies forment ce que l’on appelle généralement une beyaynetu, un assortiment. Piquant, douceur, acidité et textures variées se rencontrent dans un même plat.

Il serait donc trompeur de considérer ces préparations végétales comme des substituts modernes au doro wat. Elles ont leurs propres noms, techniques et contextes. Pour un repas entièrement végétal, il faut aussi vérifier la matière grasse utilisée : l’injera peut être exempte de produits animaux, tandis qu’un ragoût de légumes a pu être préparé au beurre épicé.

C’est un beau point de départ lorsqu’on reçoit des convives aux régimes variés. Faites du ragoût de poulet un plat parmi d’autres, plutôt que la référence à laquelle mesurer tout le repas. Un ragoût de lentilles préparé avec soin et des légumes-feuilles fondants ne sont pas là pour faire nombre. Ils enrichissent la table et permettent à davantage de personnes de manger ensemble.

Gursha – l’attention en une bouchée

Partager un plat donne une dimension très concrète à la convivialité. Il faut prêter attention aux autres, tendre le pain et faire de la place. Traditionnellement, on utilise la main droite pour manger avec l’injera. Se laver les mains avant le repas va de soi, et il est facile, chez soi, d’intégrer ce geste à l’accueil des invités.

Une gursha peut exprimer affection et hospitalité lorsque la personne souhaite recevoir la bouchée. Illustration photoréaliste créée pour cet article, représentant un repas dans un foyer éthiopien contemporain.
Une gursha peut exprimer affection et hospitalité lorsque la personne souhaite recevoir la bouchée. Illustration photoréaliste créée pour cet article, représentant un repas dans un foyer éthiopien contemporain.

La gursha consiste à offrir une bouchée à quelqu’un, souvent des aliments enveloppés dans de l’injera. Le geste peut exprimer l’affection, l’amitié, le respect ou l’hospitalité. L’attention devient tangible : j’ai choisi une bonne bouchée pour vous, et je vous la tends.

Mais une coutume vivante n’est pas une mise en scène obligatoire. Tout le monde ne procède pas de la même façon, et tout le monde ne souhaite pas être nourri par quelqu’un d’autre. À une table suédoise, mieux vaut expliquer le geste et demander, plutôt que prendre quelqu’un par surprise. Veiller au confort d’un invité est en soi une forme d’hospitalité.

Le plat commun ne doit pas non plus devenir une règle qui prime sur les besoins pratiques. Des assiettes individuelles peuvent être préférables en cas d’allergies, de maladie ou simplement par goût personnel. On peut toujours partager les mets et prendre le temps de manger. Respecter une tradition ne signifie pas que toutes les situations doivent se ressembler.

Un repas de fête peut s’accompagner de tej, un vin de miel éthiopien dont le gesho contribue traditionnellement au caractère. Le gesho est une plante utilisée dans la fabrication de boissons éthiopiennes, et non un cépage. Le tej varie en douceur, en acidité et en degré d’alcool ; rien ne garantit donc que toutes les bouteilles s’accordent aussi bien avec un ragoût pimenté. Si vous servez de l’alcool, un petit verre suffit, et l’eau comme les boissons sans alcool doivent avoir toute leur place sur la table.

Le café trouve souvent mieux sa place après le repas. La cérémonie éthiopienne du café peut comprendre la torréfaction des grains verts, leur mouture et la préparation dans une jebena, une cafetière en terre cuite. Le parfum du café fraîchement torréfié prolonge l’atmosphère du repas. Bien sûr, le café se boit aussi de manière plus quotidienne. Un bon café fraîchement préparé après le dîner n’a pas besoin d’être présenté comme une cérémonie complète pour offrir une belle conclusion.

Organiser le repas à la maison

Commencez vos achats par ce qui fera le plus de différence : de la farine de teff et un bon berbere. On en trouve dans de nombreux commerces proposant des produits éthiopiens ou érythréens, ainsi que sur des sites de vente suédois. Le teff est aussi vendu dans certains grands magasins d’alimentation. Si vous pouvez acheter de l’injera déjà prête auprès d’un producteur ou d’une boutique, c’est une excellente solution lorsque le temps manque.

Choisissez de préférence des morceaux de poulet de taille régulière. Laissez aux oignons le temps nécessaire et considérez la quantité d’épices indiquée comme un point de départ, tant les berbere diffèrent. Pour davantage de couleur et moins de piquant, remplacez-en une partie par du paprika doux. Le goût change, mais mieux vaut annoncer clairement cette adaptation que préparer un ragoût dont personne à table ne pourra se régaler.

Répartissez le travail sur deux jours. La pâte à injera fermente au réfrigérateur pendant que vous faites autre chose. Le beurre épicé peut lui aussi être préparé à l’avance. Le doro wat se prête bien à une préparation anticipée et à un réchauffage doux ; dans ce cas, faites-le refroidir rapidement dans de petits récipients et conservez-le au froid. Les pains sont meilleurs lorsqu’ils refroidissent séparément avant d’être empilés, sinon ils risquent de coller entre eux.

Faites cuire une petite injera d’essai avant de passer aux grands pains. Elle vous indiquera si la poêle est assez chaude, si la pâte s’étale bien et si vous attendez suffisamment avant de la soulever. C’est plus utile que de voir dans chaque bulle ratée le signe que toute la préparation est perdue.

Pour servir, prévoyez un grand plat et de l’injera supplémentaire à côté. Ne déposez pas le ragoût sur le pain trop longtemps à l’avance : celui-ci risquerait d’être détrempé avant que l’on commence à manger. Répartissez poulet et œufs de façon à ce que chacun puisse y accéder, et gardez si possible une place pour un plat de légumes doux ou des lentilles.

L’essentiel n’est pas que le dîner ressemble à une photo de restaurant. C’est que le pain se replie facilement, que les oignons soient devenus fondants et doux, et que les épices se fondent les unes dans les autres plutôt que de sembler crues. Quand quelqu’un tend la main vers un nouveau morceau d’injera et que la conversation se poursuit autour du plat, le repas a déjà trouvé sa forme.

Fiche recette 1

Doro wat au niter kibbeh simplifié

Une version maison du ragoût de fête éthiopien, avec des oignons longuement mijotés, du poulet avec os et des œufs. Le beurre épicé se prépare ici avec du ghee et des épices faciles à trouver : une adaptation pratique, et non un assaisonnement traditionnel complet. Servez avec de l’injera.

Préparation 30 min Cuisson 1 h 55 min Moyen4 portions

Ingrédients

Beurre épicé simplifié
Ragoût

Préparation

  1. 1Faites chauffer le ghee avec le gingembre en lamelles, l’ail écrasé, la cardamome, le fenugrec et la cannelle à feu très doux pendant 15–20 minutes. La matière grasse doit être chaude, mais les épices ne doivent pas dorer. Filtrez dans une passoire fine.
  2. 2Mettez les oignons finement hachés dans une cocotte à fond épais, sans matière grasse. Chauffez à feu moyen-doux en remuant jusqu’à ce qu’ils rendent leur eau. Poursuivez pendant 35–45 minutes, jusqu’à ce qu’ils aient bien réduit et soient très fondants. Ajoutez de l’eau, 1–2 c. à s. à la fois, s’ils commencent à attacher.
  3. 3Ajoutez le beurre épicé filtré, l’ail et le gingembre râpés. Faites cuire à feu doux à moyen-doux pendant 5 minutes en remuant.
  4. 4Incorporez le berbere et le paprika. Faites cuire doucement pendant 5–8 minutes. Ajoutez un petit peu de l’eau prévue lorsque cela est nécessaire pour éviter que les épices brûlent.
  5. 5Ajoutez le poulet et retournez les morceaux dans le mélange d’oignons et d’épices. Versez le reste des 4 dl d’eau et ajoutez le sel. Portez à ébullition, puis baissez le feu.
  6. 6Laissez mijoter à couvert, en laissant le couvercle entrouvert, pendant 40–50 minutes. Retournez le poulet à quelques reprises et remuez délicatement en raclant le fond. La sauce doit être épaisse tout en restant assez souple pour napper les aliments à la cuillère ; ajoutez un peu d’eau si elle réduit trop.
  7. 7Pendant ce temps, faites cuire les œufs à part pendant 9–10 minutes. Refroidissez-les dans de l’eau froide et écalez-les. Pratiquez quelques entailles peu profondes dans le blanc de chaque œuf.
  8. 8Vérifiez que le poulet est tendre et atteint au moins 75 °C dans sa partie la plus épaisse, sans que le thermomètre touche l’os. Retirez temporairement le poulet si la sauce doit encore réduire.
  9. 9Mettez les œufs dans la cocotte et laissez mijoter doucement pendant 5 minutes. Rectifiez l’assaisonnement avec le citron et, si nécessaire, du sel. Servez avec de l’injera, en prévoyant un œuf et une part équitable de poulet par personne.
Astuces
  • Pour un ragoût moins piquant, commencez par 1 c. à s. de berbere et augmentez la quantité de paprika doux. La force et la teneur en sel varient fortement selon les mélanges.
  • Du niter kibbeh prêt à l’emploi peut remplacer le beurre épicé simplifié ; utilisez-en environ 80 g et ajustez au goût.
  • Le ragoût peut se préparer la veille. Faites-le refroidir rapidement dans de petits récipients, conservez-le à environ 4 °C et consommez-le sous 2–3 jours. Réchauffez-le jusqu’à ce qu’il soit bien chaud à cœur.
  • Ne lavez pas le poulet cru : les éclaboussures peuvent propager des bactéries. Lavez-vous les mains et nettoyez les ustensiles après l’avoir manipulé.
Fiche recette 2

Injera simplifiée au teff, avec fermentation au réfrigérateur

Environ 8–10 petits pains pour quatre personnes. La levure boulangère, la farine de blé et un peu de vinaigre en font une adaptation accessible aux débutants, et non une injera traditionnelle au levain. Une portion de pâte cuite reprend le principe de l’absit et améliore la texture. Outre le temps de préparation, prévoyez 12–24 heures au réfrigérateur et environ 1–2 heures à température ambiante.

Préparation 25 min Cuisson 35 min Moyen4 portions

Ingrédients

Pâte

Préparation

  1. 1Délayez la levure dans un peu des 6 dl d’eau froide. Dans un grand saladier propre, fouettez la farine de teff, la farine de blé, la levure délayée et le reste de l’eau jusqu’à obtenir une pâte lisse.
  2. 2Couvrez le saladier d’un couvercle sans le fermer hermétiquement. Placez-le au réfrigérateur à environ 4 °C pendant 12–24 heures. La fermentation reste légère ; cette méthode courte ne développe pas l’acidité profonde de l’injera traditionnelle.
  3. 3Le lendemain, remuez la pâte et prélevez-en 1 dl dans une petite casserole. Incorporez 1 dl d’eau au fouet. Chauffez en remuant constamment jusqu’à ce que le mélange arrive à ébullition et épaississe. Laissez frémir environ 1 minute.
  4. 4Laissez refroidir le mélange cuit à moins de 35 °C. Incorporez-le ensuite au fouet à la pâte principale, avec le vinaigre et le sel.
  5. 5Laissez reposer à couvert à température ambiante pendant 1–2 heures, jusqu’à l’apparition de petites bulles. La pâte doit être fluide, à peu près comme une pâte à crêpes. Au besoin, ajoutez de l’eau, 1 c. à s. à la fois.
  6. 6Faites chauffer une poêle antiadhésive d’environ 24 cm à feu moyen-vif. Gardez un couvercle adapté à portée de main. Si nécessaire, huilez très légèrement la poêle et essuyez l’excédent.
  7. 7Faites cuire un petit pain d’essai. Versez ensuite environ 0.8–1 dl de pâte dans la poêle pour chaque grand pain et inclinez-la aussitôt pour former une couche fine et régulière. N’ajoutez plus de pâte une fois que la surface a commencé à prendre.
  8. 8Laissez cuire sans couvercle pendant environ 30–60 secondes, jusqu’à ce que des alvéoles apparaissent. Couvrez et poursuivez la cuisson pendant 1–2 minutes, jusqu’à ce que le dessus ne soit plus humide et que le bord commence à se décoller. Ne retournez pas le pain.
  9. 9Déposez délicatement le pain sur un tapis de cuisson propre ou un torchon. Laissez-le refroidir sans l’empiler directement sur d’autres pains chauds. Poursuivez avec le reste de la pâte en ajustant le feu si nécessaire.
  10. 10Empilez les pains refroidis et couvrez-les pour qu’ils restent souples. Servez le jour même, de préférence légèrement tièdes, comme base et accompagnement du ragoût.
Astuces
  • Si le pain se fend, il est peut-être trop épais ou a séché trop longtemps dans la poêle. Diluez un peu la pâte et raccourcissez la cuisson. Si la surface est collante, prolongez la cuisson à couvert.
  • Cette recette contient du gluten. Remplacer simplement la farine de blé par du teff demande d’autres ajustements de la pâte et de la technique.
  • Conservez les pains cuits et refroidis bien emballés au réfrigérateur et consommez-les sous 2 jours, ou congelez-les en les séparant par du papier cuisson. Réchauffez doucement à couvert.
  • Jetez toute pâte présentant des moisissures, une coloration rose ou orange ou une odeur franchement putride. Ne goûtez pas la pâte crue pour vérifier son état.
À boire avec

Ce qui va dans le verre

  • VinTej, vin de miel éthiopienUn tej conservant un peu de sucre résiduel et une belle fraîcheur peut s’accorder avec le piment et la douceur des oignons. Le gesho contribue au caractère de cette boisson. Les tej étant très variés, privilégiez un style plutôt léger et servez-en une petite quantité : un degré d’alcool élevé peut accentuer la sensation de brûlant.
  • CaféCafé éthiopien après le repasUn café fraîchement préparé, aux notes fruitées ou florales, offre une conclusion aromatique après la richesse du ragoût. Servez-le après le repas plutôt que pour étancher la soif face au piment.
  • Sans alcoolEau citron-gingembre légèrement sucréeL’acidité fraîche du citron allège le beurre épicé, tandis qu’un peu de sucre adoucit le feu du piment. Dosez légèrement le gingembre pour que la boisson n’ajoute pas encore du piquant. Il s’agit d’une suggestion d’accord gustatif, et non d’une boisson éthiopienne traditionnelle.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Les options sans alcool vont tout aussi bien avec le plat.

Sources

  1. Yohanis Gebreyesus med Jeff Koehler, Ethiopia: Recipes and Traditions from the Horn of Africa (2018)
  2. Daniel J. Mesfin, Exotic Ethiopian Cooking (1993)
  3. Seyfu Ketema, Teff: Eragrostis tef (Zucc.) Trotter (1997)
  4. Mogessie Ashenafi, The microbiology of Ethiopian foods and beverages: A review (2006)
  5. Christine Chaillot, The Ethiopian Orthodox Tewahedo Church (2002)
  6. Alan Davidson; tredje upplagan redigerad av Tom Jaine, The Oxford Companion to Food (2014)
Partager le reportage
Demandez à Mat & Dryck

Posez vos questions sur « Injera et doro wat – le plat à partager de l’Éthiopie ». Les réponses s'appuient sur les articles du magazine.

À goûter aussi