
Le dîner des Romains – à la table d’Apicius
Sauce de poisson, patina de poires et vin épicé dans une cuisine où le sucré et le salé faisaient volontiers alliance.
Une table fastueuse de la Rome antique pouvait embaumer le miel, le poivre et le poisson fermenté. Mais le livre de cuisine appelé Apicius n’est ni un menu représentatif de tous les Romains, ni l’œuvre d’une vie d’un seul gourmet. Nous suivons sa trace, des lits du triclinium aux cuisines suédoises d’aujourd’hui, et préparons une patina de poires à la profondeur inattendue.
Traduit du suédois avec l'aide de l'IA.
Vers les recettes (2) ↓Le dîner fait son entrée
Les lampes à huile sont allumées. De la cour monte le bruit de l’eau ; de la cuisine, un raclement sourd, celui des épices que l’on broie au mortier. On apporte un plat : sa surface est dorée, sa texture moelleuse, et le parfum des poires mûres se mêle au poivre et à une note chaude, terreuse. Ce n’est qu’en bouche que le sel se révèle. Il ne vient pas seulement du sel lui-même, mais d’une sauce de poisson.

Imaginez la scène dans une maison romaine aisée à l’époque impériale. Il s’agit d’une reconstitution imaginaire, non d’un instantané qui nous serait parvenu. Les ingrédients, en revanche, sont attestés dans le recueil de recettes que nous appelons couramment Apicius. On y trouve des poires accompagnées de cumin, de miel, de poivre, d’œufs et de liquamen, une sauce de poisson romaine. L’association paraît inhabituelle dans une cuisine suédoise, mais elle obéit à une logique gustative claire : les œufs donnent du corps à la douceur du fruit, les épices lui apportent de la chaleur et le sel de la profondeur.
Dans la salle à manger, quelques convives sont allongés à table, appuyés contre des coussins. D’autres personnes restent debout, portent les plats, découpent et resservent. Ce dîner élégant repose sur un travail souvent accompli par des personnes réduites en esclavage. Une table de fête romaine est donc à la fois un lieu de plaisir et le reflet des hiérarchies sociales.
Cette dualité doit nous accompagner tout au long de la visite. La culture culinaire romaine compte des cuisiniers ingénieux, de longues routes commerciales et un remarquable sens des sauces. Elle recouvre aussi d’immenses écarts entre ceux qui pouvaient commander un poisson rare et ceux qui tentaient de faire durer leurs céréales, leurs légumineuses et un peu d’huile. Apicius ouvre une porte sur les cuisines de l’Antiquité, mais pas sur celles de tout le monde.
Apicius : un nom célèbre, plusieurs siècles de recettes
Marcus Gavius Apicius vécut au début de l’époque impériale et reste particulièrement associé au règne de l’empereur Tibère, de 14 à 37 apr. J.-C. Les auteurs antiques firent de son nom un symbole de luxe gastronomique et de démesure. Les récits de ses extravagances sont aussi des récits moraux : les écrivains romains se servaient volontiers de la nourriture et de l’argent pour parler de modération, de caractère et de décadence.
Cela ne signifie pas que cet Apicius ait écrit le livre de cuisine qui nous est parvenu. De re coquinaria, soit approximativement « De l’art culinaire », est un recueil composite de recettes dont la forme conservée est généralement datée de l’Antiquité tardive, vers la fin du IVe ou le début du Ve siècle. Il contient des éléments plus anciens et nous a été transmis par des copies médiévales. Les principaux manuscrits complets datent du IXe siècle.
Nous ne lisons donc pas un carnet intact tenu lors d’un dîner en l’an 30. Nous lisons une œuvre faite de strates : recettes, savoir-faire culinaires et interventions éditoriales de différentes époques, préservés grâce au travail des copistes. Le nom d’Apicius sert de caution, mais la paternité du texte ne peut être ramenée à une seule personne.
Le recueil est organisé en dix livres. On y trouve des conseils de gestion domestique et de conservation, des préparations de viande hachée, des légumes, des volailles, des quadrupèdes et des poissons. Certaines recettes sont très brèves : une liste d’ingrédients, quelque chose à piler, à mélanger, à cuire ou à lier. Quantités, durées et températures manquent souvent. Le texte s’adresse à un lecteur qui sait déjà cuisiner.
C’est une différence importante avec les fiches-recettes d’aujourd’hui. Lorsque nous indiquons une demi-cuillère à café de cumin ou une température de four de 160 degrés, nous ne faisons pas que traduire du latin. Nous prenons des décisions pratiques. Une reconstitution réussie doit donc préciser à la fois ce que dit la source et ce que le cuisinier moderne a ajouté.
Apicius n’est pas non plus, de bout en bout, un catalogue de luxe extravagant. On y trouve des pois, des lentilles, des poireaux et des techniques culinaires ordinaires. Mais l’accès aux épices, à une main-d’œuvre spécialisée et à des ingrédients variés fait que le recueil nous aide surtout à comprendre la cuisine des foyers bien pourvus. À lui seul, il ne peut décrire l’alimentation des soldats, des ouvriers agricoles ou des citadins pauvres.
Pour élargir le tableau, il faut d’autres sources : os et graines issus des fouilles, installations de transformation du poisson, moulins, fours à pain, amphores et textes d’autres genres. La satire peut montrer ce que l’on jugeait ridicule à table, mais elle n’est pas un journal alimentaire neutre. Une coupe de fruits peinte nous renseigne sur des motifs et des idéaux, pas sur le nombre exact de figues que quelqu’un mangeait.
Le triclinium – une salle à manger qui dessine la carte sociale
Le repas principal des Romains s’appelait la cena. Son heure de début et sa durée variaient selon l’époque, le statut social et l’occasion. Dans les milieux aisés, le dîner pouvait occuper une grande partie de la fin de journée et de la soirée. Cela ne veut pas dire que tous les Romains s’attardaient toujours à de longs banquets.

Le mot triclinium évoque trois lits disposés autour d’une table, souvent en U, avec un côté laissé libre pour le service. L’idéal courant était de trois personnes par lit. Mais neuf convives n’étaient pas une règle absolue, et le mobilier comme la forme des salles à manger ont évolué. À la fin de l’époque impériale, les lits de banquet semi-circulaires, souvent appelés stibadia, prirent une importance croissante.
La personne allongée à table s’appuyait généralement sur le bras gauche, la main droite restant libre. Les aliments pouvaient être découpés avant le service ; on utilisait les mains, des cuillères et d’autres ustensiles selon les besoins. Imaginer l’Antiquité soit totalement dépourvue de bonnes manières, soit presque identique à notre époque, c’est passer à côté de l’essentiel. Il existait des règles, mais elles étaient différentes.
Les places exprimaient le rang et les relations. La proximité de l’hôte, les places d’honneur et l’ordre du service pouvaient transformer le repas en carte sociale. La nourriture elle-même pouvait marquer des différences entre les personnes réunies, ce que les satiristes antiques ne se privaient pas de dénoncer. Hospitalité et pouvoir étaient étroitement liés.
Les femmes pouvaient participer aux dîners romains et s’y allonger elles aussi, même si les normes variaient. Les enfants et les personnes de rang inférieur pouvaient être assis. Dire que « les Romains mangeaient allongés » est donc trop général. Certains Romains s’allongeaient pour certains repas ; d’autres mangeaient assis, debout ou dans de tout autres conditions.
Un dîner plus solennel pouvait commencer par de petites entrées, la gustatio, se poursuivre par des services plus consistants et se terminer par des fruits, des fruits à coque et des douceurs. Mais Apicius n’est pas un menu de fête suivi, et ses plats ne se rangent pas toujours dans nos catégories d’entrée, de plat principal et de dessert. Une patina de poires sucrée à la sauce de poisson montre particulièrement bien combien il est hasardeux de laisser les menus d’aujourd’hui dicter les goûts d’hier.
Pour découvrir la cuisine romaine en images, les peintures murales des cités du Vésuve et les mosaïques romaines à thème alimentaire sont précieuses. Elles montrent notamment des fruits, des poissons, des récipients et des scènes de repas. Mais il faut aussi les lire comme des œuvres d’art : l’abondance pouvait être un message, et un motif décoratif ne reproduit pas nécessairement une table réellement dressée.
Le garum : le sel de la mer, pas seulement une odeur forte
S’il est un ingrédient devenu l’emblème du goût romain, c’est le garum. Les évocations populaires le réduisent volontiers à du poisson pourri. C’est à la fois trompeur et sans grand intérêt culinaire. Ces sauces étaient obtenues par salage et dégradation contrôlée du poisson, processus dans lequel les enzymes du poisson lui-même jouaient un rôle important. On pouvait ainsi obtenir un liquide filtré et salé, utilisé comme assaisonnement.

La terminologie est plus délicate que ne le laisse penser l’étiquette moderne de « sauce de poisson romaine ». Les sources antiques emploient notamment les termes garum, liquamen, allec et muria. Ces mots peuvent désigner différents produits ou différentes fractions issues de la fabrication, mais leur sens varie selon les époques et les contextes. Le liquamen revient souvent dans Apicius. La distinction exacte entre ces termes relève de la recherche, et non d’une classification définitivement établie.
Les installations de transformation du poisson et les récipients de transport montrent que ces produits étaient fabriqués et distribués à grande échelle dans plusieurs régions du monde romain, notamment dans la péninsule Ibérique et en Afrique du Nord. Matières premières, qualité et réputation variaient. De même que le mot « vin » ne désigne pas une seule saveur, la sauce de poisson ne se résumait probablement pas non plus à un goût unique.
Dans un plat, cette sauce apporte davantage que du sel. Les protéines de poisson dégradées contribuent à la rondeur et à l’umami, un mot moderne pour un effet gustatif que les cuisiniers antiques savaient exploiter sans le décrire en termes biochimiques. Une petite quantité peut arrondir un plat de légumes ou rendre une sauce aux fruits moins unidimensionnelle, sans que le convive pense immédiatement au poisson.
Pour les cuisiniers amateurs suédois, une sauce de poisson thaïlandaise ou vietnamienne à base d’anchois et de sel constitue un substitut pratique. Elle n’est pas identique à tous les produits romains, mais elle remplit une fonction semblable. Privilégiez une liste d’ingrédients courte. La colatura di alici italienne est une autre possibilité, sans qu’il faille pour autant la présenter comme un produit antique resté inchangé.
Tout est dans le dosage. Le piège le plus courant consiste à vouloir rendre l’histoire palpable en forçant la dose de son ingrédient le plus célèbre. Dans une douce patina de poires, la sauce de poisson doit donner de la tenue, et non dominer comme l’odeur qui s’échappe d’une bouteille ouverte. Goûtez la préparation aux fruits avant d’ajouter les œufs et ne salez que si c’est vraiment nécessaire.
Fabriquer sa sauce de poisson exige de maîtriser la fermentation et les règles de sécurité alimentaire. Pour ce dîner, un produit du commerce est le choix raisonnable. L’intérêt de la reconstitution réside dans la rencontre des saveurs, pas dans l’improvisation d’un atelier de transformation du poisson sur le plan de travail.
Patina : la poire entre salé et sucré
Le mot patina peut désigner aussi bien un récipient que la préparation qui y cuit. Dans Apicius, on rencontre des patinas aux compositions très variées. Certaines rappellent des préparations aux œufs ou des flans, mais le mot ne correspond exactement ni à notre omelette, ni à notre gratin, ni à notre tarte. Leur point commun tient davantage à la forme et à la cuisson qu’à un ingrédient principal précis.

La patina de poires figure dans le quatrième livre du recueil. Les poires y sont cuites et travaillées, puis mélangées avec du poivre, du cumin, du miel, du passum, du liquamen et un peu d’huile. Les œufs lient la préparation, et le poivre intervient aussi en finition. La source fournit donc une trame gustative claire, même si elle ne livre pas une recette moderne complète.
Le passum était un vin doux élaboré à partir de raisins séchés. Il faut le distinguer des autres produits de la vigne employés dans la cuisine antique, dont le moût réduit. Un passito moderne peut être un équivalent utile en cuisine, mais les cépages, les méthodes de fabrication et la saveur finale varient. Notre recette utilise du jus de raisin blanc, une solution sans alcool facile à trouver. C’est un écart assumé, non l’affirmation d’une équivalence avec le produit antique.
Les poires, elles aussi, influencent le résultat. Une poire ferme et peu mûre demande davantage de cuisson et peut donner une purée plus granuleuse. Une poire très mûre s’attendrit vite, mais peut rendre beaucoup de liquide. La texture compte donc davantage qu’un nombre précis de minutes : le fruit doit devenir tendre et facile à écraser, et la purée doit être assez épaisse pour ne pas trop diluer les œufs.
C’est le cumin, et non le carvi, qui apporte cette chaleur terreuse. Le poivre donne un piquant plus sec. Tous deux éloignent le plat du registre habituel des desserts. Le miel doit souligner le goût de la poire, pas transformer l’ensemble en confiserie. L’huile d’olive apporte de la matière grasse et relie les saveurs, mais une huile très amère risque de prendre le dessus.
Les indications antiques ne doivent pas être lues comme un mode d’emploi précis pour notre four électrique. Les cuisiniers romains pouvaient jouer avec les braises, les récipients, les couvercles et diverses formes de chaleur indirecte. Nous utilisons ici un four doux et un bain-marie. Cela permet de maîtriser la prise des œufs et limite le risque d’obtenir un bord sec et poreux autour d’un centre encore liquide.
Le résultat est un plat souple, à servir à la cuillère, plutôt qu’une tarte ferme. Dégustez-le de préférence tiède, en petites portions. Dans un dîner moderne, il peut constituer un intermède surprenant ou une conclusion peu sucrée. Cette place est notre choix, et non une indication que l’on pourrait déduire avec certitude de sa position dans le livre.
Conditum paradoxum – du vin, du miel, du poivre et du prestige
Le recueil d’Apicius s’ouvre sur le conditum paradoxum, un vin épicé raffiné. Son nom est généralement rendu par une formule comme « vin épicé merveilleux » ou « extraordinaire ». Cette place offre une entrée en matière séduisante : avant les mets, une boisson qui montre ce que les réserves et le savoir-faire de la maison permettent d’accomplir.

La recette est inhabituellement détaillée par rapport à beaucoup de celles des plats. On chauffe le miel avec une partie du vin, on traite l’écume, on ajoute les épices et on allonge le mélange avec davantage de vin. On y trouve du poivre, du safran, du mastic, une feuille aromatique, ainsi que des dattes et des noyaux de dattes torréfiés. La boisson subit ensuite un traitement qui comprend notamment une clarification au charbon.
Tous les détails ne se transposent pas aisément dans les rayons d’un magasin suédois. Le mastic est une résine aromatique encore utilisée dans la cuisine de la Méditerranée orientale. Le nom latin de la feuille demande une interprétation ; les traductions l’associent par exemple au malabathrum, un produit aromatique commercialisé depuis l’Asie. Le remplacer sans commentaire par une simple feuille de laurier donnerait une fausse impression de certitude.
Notre version conserve le vin, le miel, le poivre, le safran et les dattes. Le mastic, la feuille aromatique, les noyaux et la clarification au charbon sont laissés de côté. Cela simplifie la recette et évite des improvisations hasardeuses avec des ingrédients qui ne sont pas vendus pour cet usage. La quantité de miel est elle aussi nettement réduite par rapport aux proportions de la source. Cette boisson est donc une adaptation fondée sur le texte, et non une copie exacte.
Les anciennes mesures appellent la même transparence. On peut donner des équivalents modernes approximatifs aux mesures romaines de poids et de volume, mais la conversion ne résout pas les questions liées aux propriétés du miel, au degré du vin ou à l’intensité des épices. Multiplier les décimales donnerait à la recette une précision illusoire. Mieux vaut ici goûter et expliciter ses choix.
Le vin était souvent mêlé d’eau dans les repas du monde gréco-romain, mais sa force et les proportions variaient. Ce vin épicé peut donc être servi dans de petits verres et allongé selon le goût. Il serait imprudent de l’appeler sans réserve un glögg romain : la parenté du miel et des épices est réelle, mais ni la tradition moderne de Noël ni le service chaud ne découlent automatiquement du texte antique.
La version sans alcool repose sur du jus de raisin blanc et de l’eau, avec moins de miel et un peu de citron pour l’équilibre. C’est une proposition contemporaine qui reprend la même idée aromatique, et non une boisson romaine attestée. La version au vin reste alcoolisée après ce bref chauffage ; chauffer du vin n’en fait pas une option sûre pour qui doit éviter l’alcool.
Un dîner antique dans une cuisine moderne
Il n’existe pas de tradition uniforme et ininterrompue qui ferait manger nos contemporains exactement comme dans Apicius. En revanche, plusieurs ingrédients et principes techniques perdurent dans les cuisines méditerranéennes : huile d’olive, vin, légumineuses, préparations de poisson et attention portée à l’équilibre aigre-doux. Les ressemblances sont intéressantes, mais elles ne prouvent pas qu’une recette moderne descend directement d’une recette antique.

Cuisiner romain aujourd’hui, c’est donc faire se rencontrer le texte et la pratique. Le traducteur doit choisir le sens d’un mot. L’historien de l’alimentation confronte le texte aux autres découvertes. Le cuisinier doit finalement décider de la quantité de poivre à verser dans le bol. Aucune de ces tâches ne remplace les autres.
Pour un dîner à la maison, mieux vaut choisir quelques saveurs bien définies que réunir sur la même table tous les produits de luxe romains connus. Du pain, des olives, des lentilles cuites aux herbes et un plat de légumes simple peuvent accompagner la patina de poires. Vous obtiendrez une table d’inspiration romaine, non un menu documenté provenant d’une maison précise.
Préparez de préférence la boisson épicée la veille et faites cuire la patina peu avant le service. Proposez de petits verres, de l’eau et une option sans alcool sur un pied d’égalité. Signalez la présence de sauce de poisson, à la fois pour les personnes allergiques et parce que la surprise gustative devient plus intéressante lorsqu’on peut la comprendre.
Nul besoin de lits de banquet. L’héritage le plus fécond de cet art culinaire tient plutôt à l’attention portée aux associations : un peu de sel qui prolonge le fruit en bouche, du poivre qui allège la richesse du miel, une simple préparation aux œufs capable de porter plusieurs univers de saveurs à la fois. C’est là, entre le mortier et la première cuillerée, que le vieux texte redevient un mets.
Patina de poires au miel, au cumin et à la sauce de poisson
Reconstitution d’après la patina de poires du livre IV d’Apicius. L’association de saveurs vient de la source ; les quantités, le bain-marie et la température du four sont des choix modernes. Le jus de raisin blanc remplace ici le passum, le vin doux de raisins secs de l’Antiquité. Pour quatre portions généreuses ou six petites portions.
Ingrédients
Préparation
- 1Préchauffez le four à 160 °C en chaleur traditionnelle. Huilez un plat allant au four d’environ 1 litre. Prévoyez un plat plus grand pour le bain-marie.
- 2Pelez les poires, retirez le cœur et coupez la chair en petits morceaux. Mettez-les dans une casserole avec le jus de raisin.
- 3Laissez mijoter à couvert et à feu doux pendant 10–15 minutes, jusqu’à ce que les poires soient parfaitement tendres. Remuez de temps en temps. Ajoutez une cuillère à soupe d’eau si le mélange risque d’attacher faute de liquide.
- 4Écrasez les poires au presse-purée ou mixez-les brièvement. Si la purée est trop liquide, laissez-la mijoter à découvert 3–5 minutes supplémentaires en remuant. Vous devez obtenir une purée de fruits épaisse, pas une soupe.
- 5Incorporez le miel, le cumin, le poivre, la sauce de poisson et l’huile d’olive. Goûtez avant d’ajouter les œufs : la poire doit dominer, la sauce de poisson apporter une note salée discrète. Laissez tiédir environ 10 minutes.
- 6Battez légèrement les œufs, sans incorporer beaucoup d’air. Ajoutez-les à la purée de poires et versez le mélange dans le plat huilé.
- 7Placez le plat dans le plus grand. Versez de l’eau chaude dans le grand plat jusqu’à mi-hauteur environ de celui contenant la patina. Enfournez dans le bas du four pour 35–45 minutes. Les bords doivent être pris et le centre doit trembler légèrement d’un seul bloc, comme un flan, sans être liquide.
- 8Sortez délicatement le plat du bain-marie et laissez reposer 10–15 minutes. Donnez quelques tours de moulin à poivre noir et servez tiède, à la cuillère.
- Pour une version plus proche des ingrédients de la source, remplacez le jus de raisin par la même quantité de vin doux passito. Le plat terminé ne devra alors pas être présenté comme sans alcool.
- Variante végétarienne : remplacez la sauce de poisson par 0.5 c. à c. de sauce soja claire et goûtez avant d’ajouter les œufs. Ce substitut moderne modifie légèrement la saveur.
- Conservez les restes couverts au réfrigérateur et consommez-les dans les deux jours. La patina est également bonne fraîche ; un réchauffage prolongé peut la rendre granuleuse.
Conditum paradoxum – vin épicé d’inspiration romaine
Une reconstitution simplifiée de la recette qui ouvre le recueil d’Apicius. La quantité de miel est réduite ; le mastic, la feuille aromatique difficile à identifier, les noyaux de dattes et la clarification au charbon sont laissés de côté. La variante sans alcool ci-dessous est une interprétation moderne. Prévoyez également 4–12 heures d’infusion au réfrigérateur.
Ingrédients
Préparation
- 1Choisissez la version au vin ou la variante sans alcool. Utilisez les mêmes quantités de poivre, de safran et de dattes pour les deux. Concassez grossièrement les grains de poivre et hachez les dattes.
- 2Pour la version au vin : versez 1.5 dl de vin dans une casserole et ajoutez 120 g de miel. Pour la version sans alcool : utilisez 1.5 dl d’eau et 40 g de miel.
- 3Chauffez doucement en remuant pendant 3–5 minutes, jusqu’à dissolution du miel. Ne laissez pas bouillir à gros bouillons. Écumez si nécessaire.
- 4Ajoutez le poivre, le safran et les dattes. Maintenez le mélange chaud à feu doux pendant encore 2–3 minutes, puis retirez la casserole du feu.
- 5Incorporez le reste du vin. Pour la version sans alcool, ajoutez à la place le jus de raisin et le 1 dl d’eau restant. Laissez refroidir, couvrez et placez au réfrigérateur pendant 4–12 heures.
- 6Filtrez dans une passoire fine. Pour une boisson plus limpide, passez-la ensuite dans une étamine propre à usage alimentaire. Ne pressez pas trop les dattes si vous souhaitez éviter de troubler la boisson.
- 7Goûtez. Ajoutez progressivement le citron à la variante sans alcool. Au besoin, allongez d’eau froide directement dans le verre. Servez frais dans de petits verres ; le bref chauffage n’élimine pas l’alcool de la version au vin.
- La première fois, goûtez au bout de quatre heures. L’intensité du poivre varie ; filtrez plus tôt si la boisson est déjà bien piquante.
- Conservez couvert au réfrigérateur et consommez dans les trois jours. Remuez avant de servir si des particules d’épices se sont déposées au fond.
- N’utilisez pas de charbon de barbecue ni d’autres moyens de clarification improvisés. Le traitement historique au charbon ne fait pas partie de cette recette maison.
Ce qui va dans le verre
- Sans alcoolJus de raisin blanc allongé d’eau, au citronLe fruité du raisin rejoint la poire, tandis que l’eau et un peu de citron tempèrent la douceur. Servez bien frais avec la patina.
- VinVin blanc moelleux à la belle aciditéUn peu de sucre résiduel s’accorde au miel et à la poire, et l’acidité allège la rondeur moelleuse des œufs. Choisissez un vin sans boisé prononcé.
- Sans alcoolConditum sans alcool, légèrement allongéLe safran et le poivre font écho aux épices de la patina. N’hésitez pas à ajouter de l’eau pour que le miel de la boisson ne domine pas le plat.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Les options sans alcool vont tout aussi bien avec le plat.
Sources
- Christopher Grocock och Sally Grainger, Apicius: A Critical Edition with an Introduction and an English Translation (2006)
- Sally Grainger, Cooking Apicius: Roman Recipes for Today (2006)
- Barbara Flower och Elisabeth Rosenbaum, The Roman Cookery Book: A Critical Translation of The Art of Cooking by Apicius (1958)
- Andrew Dalby, Food in the Ancient World from A to Z (2003)
- Katherine M. D. Dunbabin, The Roman Banquet: Images of Conviviality (2003)
- Sally Grainger, The Story of Garum: Fermented Fish Sauce and Salted Fish in the Ancient World (2021)
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