Feijoada – le repas du samedi au Brésil
Une feijoada aux haricots noirs et au porc, entourée de riz, de farofa, de chou sauté à l’ail et d’orange juteuse : un repas du samedi autour duquel se retrouver.
Plat · Brésilienne

Feijoada – le repas du samedi au Brésil

Des haricots noirs, une longue cuisson et une table où les accompagnements font la moitié du repas

À Rio de Janeiro, le samedi peut embaumer l’ail, le porc fumé et les haricots noirs qui mijotent doucement ensemble. La feijoada est un plat généreux dont l’histoire ne se laisse pas réduire à un seul mythe fondateur. Nous suivons la marmite jusqu’à table, avec une farofa croustillante, de fines lanières de chou vert et des oranges éclatantes sur fond sombre.

Par Sofia HaddadJournaliste · Moyen-Orient, Afrique et Amérique latine – mezzés, tajine, injera, mole et bien plus
27 octobre 2026 · 10 min de lecture

Traduit du suédois avec l'aide de l'IA.

Vers les recettes (2) ↓
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Quand le samedi prend son temps

On soulève le couvercle, et un parfum chaud de haricots, de laurier et de porc fumé envahit la cuisine. Le plat est presque noir, mais à la lumière, le bouillon prend des reflets bordeaux foncé. Une louche glisse sur le fond ; les haricots se déplacent lentement autour des rondelles de saucisse et des morceaux de viande qui commencent à s’attendrir. Sur la planche à découper, les oranges sont pelées. Le chou attend, taillé en fines lanières. Quelqu’un demande si le riz est prêt, quelqu’un d’autre apporte une assiette de plus.

Haricots noirs, porc et saucisse fumée se retrouvent dans une marmite qui prend son temps. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
Haricots noirs, porc et saucisse fumée se retrouvent dans une marmite qui prend son temps. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Voilà le genre de repas auquel invite la feijoada : non pas une halte rapide entre deux courses, mais une table où l’on s’attarde. À Rio de Janeiro, le déjeuner du samedi est un rendez-vous particulièrement connu pour la feijoada, au restaurant comme à la maison. Mais aucune horloge nationale ne décide du moment où l’on peut en manger. À São Paulo, le mercredi est lui aussi un jour consacré à la feijoada dans de nombreux restaurants ouverts le midi. Les habitudes se croisent, et le Brésil est trop vaste pour tenir dans un seul menu hebdomadaire.

Ce que l’on appelle souvent feijoada completa ne se résume pas aux haricots et à la viande. Autour de la marmite prennent place du riz blanc, une farofa de farine de manioc grillée, du chou en feuilles rapidement sauté et de l’orange. On trouve parfois une sauce vinaigrette acidulée ou une sauce piquante préparée avec du piment et un peu de bouillon des haricots. Chaque élément a son rôle : absorber, croustiller, rafraîchir, apporter du contraste.

C’est aussi pour cela que la feijoada se prête si bien aux repas partagés. Chacun compose son assiette. L’un veut davantage de bouillon dans son riz, l’autre cherche la saucisse. La farofa fait un nouveau tour de table. La marmite garde sa chaleur, et la personne qui reçoit n’a pas à dresser quatre portions identiques pendant que la conversation se poursuit dans une autre pièce.

Un plat national sans acte de naissance simple

Le récit le plus répandu sur les origines de la feijoada est aussi celui qui appelle le plus de prudence. Selon cette histoire, les Africains réduits en esclavage dans les plantations brésiliennes auraient reçu les parties délaissées du cochon — oreilles, pieds et queue — et les auraient fait cuire avec des haricots noirs. De ces restes serait né le futur plat national du pays.

La feijoada apparaît dans la presse et la restauration brésiliennes au XIXe siècle, mais ces sources n’en établissent pas l’origine. Illustration peinte créée pour cet article, représentant une petite auberge urbaine imaginaire à Rio vers 1880.
La feijoada apparaît dans la presse et la restauration brésiliennes au XIXe siècle, mais ces sources n’en établissent pas l’origine. Illustration peinte créée pour cet article, représentant une petite auberge urbaine imaginaire à Rio vers 1880.

L’histoire se retient facilement. Elle réunit la faim, l’ingéniosité et la survie dans une seule marmite. Mais elle ne tient pas comme explication certaine de la naissance de la feijoada. Des historiens brésiliens de l’alimentation l’ont remise en question, notamment parce que les morceaux cités n’étaient pas forcément des déchets méprisés. Pieds, oreilles et autres parties riches en gélatine entraient aussi dans la cuisine européenne et pouvaient être appréciés. De plus, l’accès aux différents aliments variait considérablement selon les lieux, les époques et les foyers.

Cela ne signifie pas que l’esclavage soit secondaire dans la culture alimentaire brésilienne. Bien au contraire, pendant des siècles, l’agriculture, le commerce, les foyers et les cuisines professionnelles ont été façonnés par le travail de personnes réduites en esclavage. Les savoir-faire africains et afro-brésiliens sont fondamentaux dans la cuisine du pays. Mais on ne rend pas cette histoire plus respectueuse en attribuant à un plat précis une origine dramatique sans preuves suffisantes. Écarter un mythe simplificateur ne revient pas à effacer les personnes derrière la cuisine.

Les ragoûts portugais de haricots et de viande constituent une part importante de ce contexte. Au Portugal, il existe des feijoadas à base de différentes variétés de haricots, de porc et de saucisses ; plus largement, la tradition européenne associe dans une même cuisson légumineuses et viandes de conserve. La parenté est donc évidente, sans pour autant prouver que la feijoada brésilienne actuelle ait traversé l’Atlantique sous la forme d’une recette toute faite. Il ne faut pas non plus la confondre avec le cozido, même si tous deux appartiennent à la grande famille des plats de viandes bouillies.

Il est plus vraisemblable d’y voir un plat qui a pris forme et évolué au Brésil : haricots et manioc originaires des Amériques, habitudes culinaires et techniques de conservation portugaises, savoir-faire africains et afro-brésiliens, ingrédients locaux et essor de la restauration urbaine. Au XIXe siècle, la feijoada apparaît dans la presse et la restauration brésiliennes. Ces traces montrent que le plat portait un nom et était vendu, pas à quel moment précis quelqu’un l’a cuisiné pour la première fois.

Désigner un inventeur ou une unique cuisine d’origine serait donc trompeur. L’histoire de la feijoada raconte plutôt comment une famille de ragoûts est devenue un repas brésilien particulièrement chargé de sens, puis comment celui-ci en est venu à représenter le pays, aux yeux des Brésiliens comme du reste du monde.

Les haricots donnent du corps au plat

La feijoada sombre que l’on associe fortement à Rio repose sur les haricots noirs, les feijão preto. Mais le mot feijoada n’est pas partout synonyme de haricots noirs. Il existe au Brésil des variantes régionales et locales préparées avec d’autres haricots et d’autres associations de viandes et de légumes. Celle que nous cuisinons ici est une version maison du ragoût de haricots noirs et de porc que beaucoup découvrent en premier hors du Brésil.

Les haricots noirs donnent à la fois couleur et corps au plat ; le trempage rend leur cuisson plus prévisible. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
Les haricots noirs donnent à la fois couleur et corps au plat ; le trempage rend leur cuisson plus prévisible. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Les haricots ne sont pas un accompagnement de la viande. Ils constituent le corps même du plat. Leur eau de cuisson se charge de sel, de gras et de notes fumées ; quelques haricots éclatés ou écrasés donnent au bouillon une texture souple, légèrement crémeuse. Une bonne feijoada doit pouvoir se mêler au riz sans être aussi liquide qu’une soupe. Elle ne doit pas non plus se figer en une masse compacte de haricots.

Les haricots noirs secs permettent de mieux maîtriser cette texture. On en trouve dans de nombreux grands supermarchés suédois et dans les épiceries latino-américaines. Choisissez bien des haricots noirs, et non du soja noir, de préférence dans un paquet qui n’a pas été oublié au fond d’un placard pendant des années. Des haricots trop vieux peuvent demander une cuisson beaucoup plus longue et parfois rester malgré tout désagréablement fermes.

Le trempage rend la cuisson plus prévisible, même si ce n’est pas la seule façon de préparer les haricots noirs. Dans notre recette, ils trempent toute une nuit, puis l’eau est jetée et les haricots cuisent dans de l’eau fraîche. Le temps et une chaleur régulière font ensuite leur œuvre. Goûtez plusieurs haricots avant de décider que le plat est prêt : leur cœur doit être tendre, sans texture farineuse et dure.

Nul besoin d’un mélange d’épices compliqué. Oignon, ail, laurier et poivre noir suffisent largement. Une partie de la profondeur aromatique vient de l’oignon et de l’ail revenus dans la matière grasse avant de rejoindre les haricots. Ajouter à grands gestes cumin, paprika et piment, par habitude des plats mijotés, risque en revanche d’orienter le goût ailleurs. Le piquant peut plutôt se proposer à table, pour que chacun dose à sa guise.

Viande, sel et patience

Une feijoada généreuse peut contenir du bœuf salé ou séché, différents morceaux de porc et des saucisses. La carne-seca, du bœuf séché et salé, est un ingrédient important dans de nombreuses versions. Paio et linguiça calabresa sont des noms de saucisses qui reviennent souvent. Cette dernière est une spécialité brésilienne ; son nom ne garantit pas qu’un produit italien ou suédois étiqueté « calabrese » ait une saveur et une texture comparables.

Dans cette version maison, la saucisse fumée déjà cuite rejoint la marmite plus tard afin de conserver sa texture. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
Dans cette version maison, la saucisse fumée déjà cuite rejoint la marmite plus tard afin de conserver sa texture. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Le choix des ingrédients compte ici davantage que la chasse aux étiquettes. Pour une cuisine familiale suédoise, nous retenons de l’échine de porc, de la poitrine de porc salée et une saucisse de porc fumée ferme, au goût d’ail bien présent. Cet assemblage apporte viande fondante, sel, gras et notes fumées sans exiger plusieurs jours d’organisation. C’est une adaptation pratique, pas une affirmation selon laquelle ces ingrédients seraient identiques aux produits brésiliens.

Si vous disposez de carne-seca, préparez-la selon les indications du fabricant, généralement avec un dessalage soigneux et parfois une cuisson séparée. On ne peut pas simplement la remplacer par le même poids d’une viande très salée et la mettre directement dans la marmite. Il en va de même pour les morceaux de porc fortement salés. La teneur en sel doit être maîtrisée avant que tout ait mijoté ensemble, et non une fois les invités à table.

Pieds, oreilles et queue figurent encore dans la feijoada et lui apportent saveur et gélatine. Ils ne sont pas indispensables à un bon plat maison, mais ce ne sont pas non plus des curiosités devant lesquelles faire la grimace. Si vous souhaitez utiliser ces morceaux, il vous faut une recette aux temps de cuisson adaptés. La nôtre repose délibérément sur des pièces plus faciles à trouver.

L’erreur la plus courante consiste à faire cuire tous les ingrédients aussi longtemps, sans tenir compte de leur nature. Les haricots doivent devenir tendres, l’échine fondante et la saucisse garder une texture agréable. C’est pourquoi celle-ci rejoint la marmite plus tard. Une autre erreur est de laisser bouillir vivement le plat en fin de cuisson : les haricots éclatent plus que nécessaire, la viande se défait et le fond risque d’attacher. Après une première franche ébullition, mieux vaut un doux frémissement.

Rectifiez le sel seulement vers la fin. Le bouillon se concentre à la cuisson, tandis que le porc et la saucisse libèrent leur sel. Un plat qui semble peu salé au début peut être parfaitement assaisonné une heure plus tard. S’il paraît trop gras, écumez la surface ; si vous le préparez la veille, il sera facile de retirer la graisse figée une fois le plat refroidi.

Farofa, couve et orange : tout a sa place

Dans son bol, la farofa paraît modeste : une chapelure friable, claire à dorée. Mais au contact du bouillon onctueux des haricots, il se passe quelque chose d’essentiel au repas. Le sec s’humidifie, les arômes grillés se déploient et chaque bouchée gagne une légère résistance granuleuse. La farofa n’est pas un décor. Elle transforme la sensation du plat en bouche.

Farofa, chou finement émincé, riz et orange apportent chacun leurs textures et leurs saveurs autour de la marmite. Illustration photoréaliste créée pour cet article.
Farofa, chou finement émincé, riz et orange apportent chacun leurs textures et leurs saveurs autour de la marmite. Illustration photoréaliste créée pour cet article.

Sa base est souvent la farinha de mandioca, une farine de manioc granuleuse issue des savoir-faire alimentaires des peuples autochtones du Brésil. L’histoire du manioc dans le pays précède de très loin la colonisation portugaise. Pour la farofa, cette farine est grillée dans de la matière grasse et peut être agrémentée, par exemple, d’oignon, d’œuf, de bacon ou de banane. Les versions sont nombreuses ; la nôtre reste simple, au beurre et à l’oignon, pour accompagner un plat déjà riche en saveurs.

Attention à un piège au moment des achats. La fécule de tapioca, elle aussi issue du manioc, n’est pas le même produit que la farinha de mandioca. Elle ne donne pas la texture granuleuse et grillée de la farofa. Cherchez un produit explicitement destiné à la farofa ou étiqueté farinha de mandioca. On trouve de la farinha crue ou déjà grillée ; cette dernière demande moins de temps à la poêle. Il existe aussi de la farofa déjà assaisonnée, mais elle constitue une autre base que la farine nature utilisée dans la recette.

La couve est le chou en feuilles souvent servi à côté, généralement émincé très finement puis rapidement sauté à l’ail. La couve-manteiga brésilienne ressemble au chou cavalier et n’est pas exactement le chou kale que l’on trouve en Suède. Le chou noir de Toscane constitue un remplacement pratique ; de jeunes feuilles de kale conviennent aussi, à condition de retirer leurs grosses nervures centrales. On recherche des lanières tendres mais encore d’un vert vif, pas un chou longuement mijoté.

L’orange apporte du jus, de la fraîcheur et une légère amertume lorsqu’il reste un peu de membrane. Il ne faut pas la présenter comme une méthode prouvée pour neutraliser les graisses ou alléger médicalement un déjeuner copieux. Son rôle principal est plus simple et plus gourmand : faire contrepoint au sel de la viande et à la profondeur des haricots.

Le riz blanc est tout aussi réfléchi dans sa discrétion. Il accueille le bouillon et laisse de la place au reste. Avec la farofa, le riz, le chou et l’orange, inutile de pimenter davantage le plat ou d’ajouter encore des viandes pour que le repas paraisse complet. L’équilibre se trouve déjà tout autour.

Une table à partager, pas un résumé du quotidien brésilien

La feijoada occupe une place évidente dans l’image de la convivialité brésilienne, mais cette image mérite des nuances. La cuisine quotidienne du pays dépasse largement ce plat de fête. Riz et haricots se déclinent en d’innombrables associations plus simples, tandis qu’une feijoada élaborée avec de nombreuses viandes demande du temps et de l’argent. La qualifier de plat national ne signifie pas que tout le monde la mange de la même façon ni aussi souvent.

Une table commune permet à chacun de trouver son équilibre entre feijoada et accompagnements, sans prétendre représenter tout le quotidien brésilien. Illustration photoréaliste créée pour cet article, imaginant un déjeuner familial à Rio.
Une table commune permet à chacun de trouver son équilibre entre feijoada et accompagnements, sans prétendre représenter tout le quotidien brésilien. Illustration photoréaliste créée pour cet article, imaginant un déjeuner familial à Rio.

À Rio, la feijoada peut aussi être liée à la musique et aux rencontres, notamment dans les milieux de la samba. Mais il n’est pas nécessaire d’avoir un orchestre, une cour intérieure ou une occasion particulière. Un déjeuner en famille, la marmite au milieu de la table, fait tout autant partie de la vie du plat. Et au sein d’une même famille, les avis peuvent être bien arrêtés : quels morceaux de viande utiliser, quelle épaisseur donner au bouillon et faut-il mettre des œufs dans la farofa ?

La boisson gagne à jouer les seconds rôles. Une lager blonde brésilienne, ou une autre lager légère de style similaire, apporte bulles et fraîcheur sans rivaliser avec les haricots. Le soda au guaraná est une option brésilienne sans alcool dont la douceur peut répondre au sel ; servez-le bien frais et proposez aussi de l’eau.

La caipirinha, préparée avec de la cachaça, du citron vert, du sucre et de la glace, accompagne volontiers la cuisine brésilienne. Ici, mieux vaut une petite portion savourée lentement qu’un verre rempli machinalement. La fraîcheur du citron vert fonctionne très bien, mais le cocktail reste fortement alcoolisé, même lorsqu’il paraît léger en bouche. Le sans-alcool doit être un choix tout aussi réfléchi, pas une solution de dernière minute. L’eau gazeuse au citron vert est d’ailleurs bienvenue lorsque le repas comme le soda offrent déjà beaucoup de saveurs.

Pour profiter pleinement du samedi

Le grand avantage de la feijoada pour qui cuisine à la maison, c’est de pouvoir répartir le travail. Les haricots trempent la veille au soir. Le plat lui-même peut être préparé la veille du repas, tandis que le chou attendra le dernier moment. La farofa se fait rapidement, pendant la cuisson du riz. Il vous faut une grande cocotte à fond épais, pas un équipement de restaurant.

La recette ci-dessous est généreuse pour quatre personnes avec tous les accompagnements. Elle utilise de la poitrine de porc salée crue, de l’échine désossée et une saucisse fumée déjà cuite. Vérifiez les indications sur l’emballage de la saucisse : une saucisse fraîche crue demande une autre préparation. La quantité d’eau est un point de départ, car la largeur de la cocotte, son couvercle et l’âge des haricots influent sur les besoins. Gardez de l’eau chaude à portée de main et veillez à ce que les haricots restent immergés pendant la cuisson.

Si vous préparez le plat à l’avance, refroidissez-le rapidement dans de petits récipients peu profonds et placez-le au réfrigérateur, plutôt que de laisser toute la cocotte refroidir sur la cuisinière pendant la nuit. Au réchauffage, il faut souvent ajouter un peu d’eau, car les haricots absorbent davantage de liquide en reposant. Réchauffez bien à cœur et remuez délicatement en raclant le fond.

Gardez ensuite le service simple. La cocotte sur un dessous-de-plat résistant à la chaleur, le riz dans un plat chaud, la farofa sèche et bien émiettée dans un autre. Le chou sort de la poêle au dernier moment. L’orange reste à portée de main. Ce n’est ni le nombre de viandes ni une table parfaitement dressée qui fait la générosité du repas. C’est qu’il y ait assez à manger, que les accompagnements aient toute leur place et que personne n’ait besoin de se presser.

Fiche recette 1

Feijoada aux haricots noirs, au porc et à la saucisse fumée

Une version familiale suédoise de la feijoada sombre associée à Rio. L’échine, la poitrine de porc salée et la saucisse fumée remplacent l’éventail plus large de viandes salées et séchées utilisé dans de nombreuses recettes brésiliennes. Pour quatre portions généreuses avec les accompagnements. Prévoir en plus 8–12 heures de trempage ; des haricots anciens peuvent demander une cuisson plus longue.

Préparation 35 min Cuisson 2 h 30 min Moyen4 portions

Ingrédients

La feijoada
Pour servir

Préparation

  1. 1Triez et rincez les haricots. Faites-les tremper dans une grande quantité d’eau froide pendant 8–12 heures, de préférence au réfrigérateur. Jetez l’eau de trempage et rincez.
  2. 2Coupez l’échine en morceaux d’environ 3 cm et la poitrine en dés plus petits. Coupez la saucisse en rondelles épaisses et réservez-la au réfrigérateur. Hachez l’oignon et l’ail.
  3. 3Faites chauffer l’huile dans une cocotte d’une capacité d’au moins 4–5 litres. Faites revenir la poitrine à feu moyen pendant 4–5 minutes pour faire fondre un peu de graisse. Ajoutez l’oignon et poursuivez la cuisson 5 minutes, jusqu’à ce qu’il soit tendre. Incorporez l’ail et faites revenir 1 minute sans le brûler.
  4. 4Ajoutez les haricots, l’échine, le laurier, le poivre noir et 15 dl d’eau. L’eau doit dépasser les ingrédients d’environ 2 cm ; complétez si nécessaire. Portez à ébullition et laissez bouillir franchement pendant 10 minutes. Écumez au besoin.
  5. 5Baissez le feu et laissez frémir à couvert, en laissant le couvercle entrouvert, pendant environ 75 minutes. Remuez délicatement en passant sur le fond de temps en temps et ajoutez de l’eau chaude si les haricots ne sont plus immergés.
  6. 6Ajoutez les rondelles de saucisse. Laissez frémir encore 30–50 minutes, jusqu’à ce que les haricots soient parfaitement tendres et que l’échine se défasse facilement à la fourchette. Prolongez au besoin : c’est la tendreté des haricots qui détermine la fin de la cuisson.
  7. 7Écrasez environ 1 dl de haricots avec un peu de bouillon dans un bol, puis remettez le tout dans la cocotte. Laissez frémir à découvert pendant 10–15 minutes pour obtenir une consistance légèrement crémeuse, ou ajoutez de l’eau chaude si le plat est trop épais. C’est seulement maintenant que vous ajusterez le sel et, éventuellement, le poivre. Retirez les feuilles de laurier.
  8. 8Faites cuire le riz selon les indications du paquet pendant la dernière demi-heure de cuisson de la feijoada. Pelez les oranges au couteau, en retirant l’essentiel de la peau blanche, puis coupez la chair en tranches ou en morceaux. Préparez la farofa.
  9. 9Retirez les grosses nervures centrales du chou et émincez les feuilles en très fines lanières. Faites chauffer l’huile d’olive dans une grande poêle, faites revenir l’ail environ 30 secondes, puis ajoutez le chou. Faites sauter en remuant pendant 3–5 minutes, jusqu’à ce qu’il soit tendre. Ajoutez 1–2 c. à s. d’eau s’il a besoin d’un peu de vapeur pour s’attendrir. Salez légèrement.
  10. 10Servez la feijoada chaude, avec le riz, le chou, l’orange et la farofa dans des plats séparés. Proposez éventuellement une sauce pimentée à table pour que chacun dose le piquant à son goût.
Astuces
  • Choisissez une saucisse fumée déjà cuite, ferme et sans assaisonnement trop dominant. Une saucisse fumée à l’ail constitue un remplacement pratique en Suède, sans avoir exactement le goût du paio ou de la linguiça calabresa.
  • Après refroidissement rapide, conservez la feijoada au réfrigérateur, idéalement à 4 °C, et consommez-la dans les 3–4 jours. Elle se congèle aussi très bien. Ajoutez un peu d’eau et réchauffez bien à cœur au moment de servir.
  • Pour un plat de haricots végétal inspiré de la feijoada, supprimez la viande et utilisez des champignons poêlés et du tofu fumé. Ajoutez-les vers la fin et ajustez le sel séparément ; vous obtiendrez une variante à part entière, pas le même plat.
Fiche recette 2

Farofa au beurre et à l’oignon

Un accompagnement grillé et friable qui apporte du contraste à la feijoada. Utilisez de la farinha de mandioca granuleuse de qualité alimentaire, et non de la fécule de tapioca ni une farine fine destinée à la pâtisserie.

Préparation 5 min Cuisson 15 min Facile4 portions

Ingrédients

Préparation

  1. 1Vérifiez l’emballage : la mention torrada signifie que la farine est déjà grillée et qu’elle demandera moins de temps à la poêle. Mesurez tous les ingrédients avant de commencer.
  2. 2Faites fondre le beurre dans une grande poêle à feu moyen-doux. Ajoutez l’oignon et faites-le revenir pendant 6–8 minutes, jusqu’à ce qu’il soit tendre et commence à colorer légèrement.
  3. 3Ajoutez la farine de manioc en plusieurs fois en remuant, afin de bien la mélanger au beurre et à l’oignon.
  4. 4Faites griller à feu doux à moyen en remuant constamment. La farinha crue demande généralement 8–12 minutes, celle déjà grillée environ 3–5 minutes. Suivez également les indications du paquet. La farofa doit dégager un léger parfum de noisette, être sèche et friable, et prendre une couleur légèrement dorée, sans brunir excessivement.
  5. 5Ajustez le sel. Retirez la poêle du feu et incorporez le persil si vous en utilisez.
  6. 6Versez dans un bol sec et servez chaud ou tiède. Chaque convive pourra parsemer sa portion de farofa ou la déposer à côté de la feijoada.
Astuces
  • La farinha de mandioca se trouve dans les épiceries latino-américaines et les boutiques suédoises en ligne. Les perles de tapioca et la fécule de tapioca ne conviennent pas pour la remplacer.
  • Si vous ne trouvez pas la bonne farine, de la chapelure grossière grillée au beurre avec de l’oignon constitue une savoureuse solution de secours. Il s’agit alors d’un autre accompagnement, et non d’une farofa de manioc.
  • Pour une version sans produits laitiers, remplacez le beurre par 3 c. à s. d’huile neutre. Conservez les restes de farofa à l’oignon au réfrigérateur et réchauffez-les à la poêle en remuant.
À boire avec

Ce qui va dans le verre

  • CocktailCaipirinha, en petite portionLe citron vert apporte un contraste frais au sel du porc et à la richesse du plat, tandis qu’une douceur mesurée arrondit l’ensemble. Ce cocktail est fortement alcoolisé : privilégiez une petite portion et proposez de l’eau ainsi que des options sans alcool à table.
  • BièreLager blonde brésilienneSon corps léger, ses bulles et son amertume modérée accompagnent ce plat salé et généreux sans le dominer. Une autre lager blonde de style similaire convient également.
  • Sans alcoolSoda au guaranáCe soda doux et aromatique contraste avec la viande fumée et le sel. Servez-le bien frais dans de petits verres, de préférence avec de l’eau à côté.
  • Sans alcoolEau gazeuse au citron vertUne option non sucrée dont les bulles et le parfum frais de citron vert allègent ce repas généreux, tout en laissant les haricots, le chou et la farofa au premier plan.

L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération. Les options sans alcool vont tout aussi bien avec le plat.

Sources

  1. Luís da Câmara Cascudo, História da alimentação no Brasil (1967–1968)
  2. Carlos Alberto Dória, Formação da culinária brasileira (2009)
  3. Alan Davidson; tredje upplagan redigerad av Tom Jaine, The Oxford Companion to Food (2014)
  4. Thiago Castanho och Luciana Bianchi, The Food of Brazil (2014)
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